Le 19 octobre dernier, le musée du Louvre, patrimoine commun de toutes et tous, a été la cible d’un braquage aussi choquant que révélateur. Deux individus ont pénétré dans le musée un dimanche matin à l’aide d’un simple monte-charge, sans même chercher à se dissimuler.
Comment un tel braquage a-t-il été possible ? La réponse est claire. Des années de désengagement public et une logique de rentabilité poussée à l’extrême ont fragilisé le musée. En quinze ans, près de 200 postes ont été supprimés au Louvre, avec des conséquences directes sur la sécurité.
Membre de la commission Culture du Sénat, je me suis rendue sur place le 28 octobre. J’y ai constaté la vétusté des équipements de surveillance et de sécurité. Cette situation était déjà connue. La commission Culture de l’Assemblée nationale avait alerté sur l’état très dégradé du bâti, allant jusqu’à la fermeture de certaines salles en raison de fuites d’eau répétées.
Et pourtant, au lieu de répondre à ces urgences, la direction du Louvre a lancé le projet « Louvre Nouvelle Renaissance », un plan d’un milliard d’euros visant à créer une nouvelle entrée, déplacer la Joconde dans des galeries souterraines (inondables) et accueillir toujours plus de visiteurs. Dans le même temps, le plan de sécurisation du musée reste inexécuté depuis huit ans…
Soutenu par Emmanuel Macron et Rachida Dati, ce projet incarne une vision hors-sol de la politique culturelle. Transformer nos musées en machines à rentabilité se fait au détriment de leur mission première. Entretenir les bâtiments, protéger les œuvres, améliorer les conditions de travail des agents et garantir un accès égal à la culture devraient pourtant être des priorités.
J’ai alerté à de nombreuses reprises sur ces enjeux, au Sénat comme dans les médias. En janvier 2026, j’ai interpellé la ministre de la Culture sur la sécurisation de nos musées nationaux car le Louvre n’est pas un cas isolé. Le Muséum d’Histoire naturelle à Paris, le musée Adrien-Dubouché à Limoges ou encore le musée Jacques Chirac en Corrèze ont eux aussi été victimes de vols.
Cette situation révèle également une profonde inégalité entre les grands musées parisiens et les musées en régions, en particulier en milieu rural, où les moyens sont encore plus faibles. Ces lieux sont pourtant essentiels au patrimoine et à la vie culturelle locale. Cet été encore, en Aveyron, je dénonçais la fermeture programmée du musée des Arts et Métiers traditionnels de Salles-la-Source.
Le braquage du Louvre n’est pas un accident. Il est le symptôme d’un choix politique clair : celui du désengagement de l’État et de la transformation de la culture en marchandise. Pendant que les budgets stagnent ou reculent, les besoins explosent. La Cour des comptes chiffre à près de 5 milliards d’euros, sur dix ans, les investissements indispensables pour préserver nos musées, nos monuments et notre patrimoine commun.
Nous devons cesser de sacrifier la culture aux lois du marché. La culture est un bien commun. Elle nous relie, nous construit et permet de faire société. Il est urgent de la protéger.